Pourquoi permettez-vous, Seigneur, Dieu de merveille,
Tant d’affreuse douleur au fond du cœur humain ?
Voyez ; la nuit s’achève et cependant je veille.
Ma femme va mourir, qui partageait mon pain,
Ma sueur, mes soucis et mon humeur aigrie.
Ma femme va mourir ; qu’on me laisse pleurer
Sans honte ; et sans témoins ; mon âme est trop meurtrie
Pour affronter déjà le mensonge étranger…
Je pleure notre vie, ce jardin saccagé
Que tu voulais fleurir au milieu des épines
Et que moi, je foulais d’un pas si dégagé.
Je pleure d’être seul, dans l’herbe où je chemine,
A découvrir enfin, si fragile et qui tremble
La moisson des bonheurs dont tu semais nos jours
Pour qu’au long des allées nous la glanions ensemble…
Et dont mes yeux lassés se détournaient toujours !
Christine, je t’aimais, et ne l’ai jamais dit,
Et ne l’ai jamais su. La vérité souvent
Est un ciel radieux, régnant sur les débris
Que laisse au petit jour la frénésie du vent.
Ma vérité, à moi, mon aurore éblouie
Se lève sur un monde où tu n’as plus de place,
Après que la tempête ait ravagé ta vie.
Et je suis là, serrant ton poignet qui se glace.
Si un miracle fou venait tromper la mort,
Si tu m’étais rendue, mon précieux fardeau,
Et que, pour un moment, nous repartions encore,
Notre jardin manqué, sais-tu qu’il serait beau ?
Pour toi j’inventerais des décors merveilleux…
Je sais, il est trop tard ; si tu m’entends quand même
Fais-moi l’ultime don d’un signe dans tes yeux !
Chérie, t’en iras-tu sans savoir que je t’aime ?
* * *
