Hier s’aimaient, vois-tu, au creux de la maison,
Rêvant main dans la main dessous les tuiles blondes,
Deux petits vieux charmants dont les rides profondes
Riaient encor des joies de leur jeune saison.
Un chaton folâtrait, parmi les pieds polis
Des meubles centenaires, où rougeoyaient parfois
Des feux follets, dansant au gré du feu de bois…
En vain le temps rythmait pour eux son lent roulis.
Passaient les vents houleux et la neige muette ?
Pleuraient les chiens sans maître et tremblaient les moineaux?
A peine voyait-on s’écarter les rideaux,
Craintivement tirés par une main fluette.
Car l’amour pacifié où tous deux communiaient
Leur tissait en silence un univers béni
Dont toute peine enfin, tout mal était banni.
Sous leurs fronts fatigués, les yeux s’illuminaient…
Ces amants merveilleux, je les ai bien connus.
Ils n’avaient qu’un seul cœur, ils n’étaient qu’un seul être.
Ils ont, un soir d’été – un peu trop chaud peut-être –
Suspendu leurs deux souffles. (leurs souffles si ténus
Qu’ils ne troublaient pas même un duvet aérien
Echappé par hasard de leur gros oreiller)
J’ai eu le grand honneur de pouvoir les veiller,
Et je crois que la vie ne m’apprendra plus rien.
* * *
