Et je vous ai croisée, en descendant
Le chemin, sous un ciel blanc de nuages…
Couché sur votre bras comme un enfant
Qui dort, un grand bouquet de fleurs sauvages.
Des fleurs, bien sûr, pour éclairer vos soirs,
Quand il est dur de penser à la nuit
Qui fait lever trop de fantômes noirs.
Des fleurs pour un logis sombre et sans bruit…
-« Votre bouquet, vraiment, il est bien beau. »
-« Ah, vous l’aimez ! » – Aussitôt, d’un seul geste
Vous avez mis sur mon cœur ce cadeau
Tout frais, baigné de son odeur agreste.
Un sourire, et vous étiez repartie…
Seule au milieu du chemin, qui m’attend,
Près du buisson où un oiseau pépie,
Soudain j’ai mal, car soudain je comprends
Que je n’ai pas ce bel élan de l’âme
Qui offre sans penser, comme on respire,
Comme a fait simplement cette humble femme
Qui s’en va les mains nues, et que j’admire.
Que je l’envie, en ce jour de douceur !
Mon altruisme, à moi, est volontaire.
Ma raison parle, hélas, avant mon cœur
En m’expliquant le bien que je dois faire…
J’ai déposé mon bouquet dans un vase.
Le temps l’a desséché. Mais il est tendre
A mes regards, car il me dit sans phrase
Qu’il faut AIMER, et que je peux apprendre.
* * *
