LE TRAIN

C’est fou, quand on y pense,
De dévorer l’espace,
Et sans laisser de trace
Rendre le temps si dense
Qu’on le franchit d’un bond !
Gommé, le paysage
Et méprisé, l’orage
Qu’il avale tout rond,
Ce grand monstre effarant !
Que diraient nos aïeux ?
Poètes merveilleux
Qui magnifiaient l’Instant,
En nourrissaient leur âme,
Savaient le prolonger.
Il n’y faut plus songer.
Ainsi meurt une flamme…

C’est fou, quand on y pense,
Ces gens qui déménagent,
Qui s’enfuient, qui s’encagent !
Comme ils sont sans défense
Sous leurs mines étales,
Tandis que deux serpents
Sifflent à tous les vents
Leurs fureurs animales,
Plus bas, sous les wagons !…
Notre siècle de fer
A des relents d’enfer
Et les nouveaux dragons
Ont piétiné la rose…

Mais les trains, c’est utile :
La campagne défile
Cependant que je glose.

* * *

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