Quand vous allez, ma mie, danser dessous l’ombrage
Aux bras de quelque blond jouvenceau du village,
Quand s’envole en tournant, ma mie, votre jupon
Qui dévoile un peu plus que votre pied mignon,
Ayez pensée pour moi, qui suis votre galant
Et qui guerroie au loin, l’ennemi pourfendant.
Après vous je soupire à l’heure de la trêve
Ma tendre tourterelle, et fort souvent je rêve
A votre teint de pêche, à vos yeux tant rieurs.
Pour espérer un jour d’accorder nos deux cœurs
Il me faut, c’est certain, ne point me faire occire,
Au combat prendre garde à éviter le pire.
Pardon, ma doulce France, aussi notre bon Roi,
Mon désir belliqueux ce jourd’hui reste coi !…
Quant à vous, gente amie, tâchez d’être bien sage.
Gardez mon souvenir dedans votre corsage.
Et ne levez gambette, au nom de notre amour,
Que pour courir à moi quand serai de retour.
Lors, j’irai tout de go mander votre main fine
A votre père Arthaud, votre mère Audeline,
Ainsi qu’il se doit faire, et ployant le genou,
Puis j’aurai l’heur enfin de baiser votre cou.
Nous ferons notre noce au temps des hirondelles.
Nous danserons ensemble au gré des ritournelles
Et verrons en riant sauter moult bouchons.
Notre maison des champs, tôt nous la bâtirons
Car j’ai quelque pécule au tréfonds de ma cotte,
Et si mes bras sont forts, ma tête n’est point sotte.
Plus tard, j’élèverai des avettes au jardin
Pour avoir de bon miel au repas du matin.
Et les enfants naîtront ; et leur gentil ramage
Donnera la réplique aux oiseaux de passage.
Je tiens pour sûr qu’un jour, d’aucuns pleins de rancœur
Souvent nous envieront notre trop grand bonheur,
Car oncques ne pourront égaler notre vie…
Voilà les doux pensers qui m’habitent, ma mie.
Pour ce, attendez-moi, fidèle, au coin de l’âtre
En songeant que là-bas, quelqu’un vous idolâtre.
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