On a beaucoup rimé, certes, avec ce mot-là !
Mais s’il vous prend l’envie de taquiner la muse,
Vous verrez les soucis qu’Amour vous donnera !
Cet art a des contraintes, et parfois en abuse.
Déjà, ce mot d’ « amour » n’a point de rime riche.
De rimes suffisantes il lui faut se nourrir.
Essayons de tirer de nos cerveaux en friche
Quelques termes choisis qui pourraient convenir :
Le mot « toujours » ? Hélas ! L’amour au singulier
Vient très malaisément s’unir avec « toujours ».
C’est bien connu. Comment les concilier ?
De même, on ne pourra draper nombreux « atours »
A un « amour » unique; (tant pis pour les tailleurs…)
Et l’on ne doit non plus, pour des questions de rime,
Employer le mot « sourd » ; c’est aussi bien, d’ailleurs,
Car l’amour entend bien, si son œil est infirme.
Vous me proposez « court » ? La chose est fort possible
Mais il faut, dans ce cas, le mutiler un peu
Car le « t » est de trop ! Bon, passons tout au crible :
Le « jour » se prête mal au secret d’un aveu.
« tambour » ? quel indiscret ! « four » est peu poétique
Quoique torride à souhait… Laissons tomber « vautour » !
Et avec le mot « tour », qui est assez pratique,
Va-t-on parler d’un bon ou bien d’un mauvais tour ? …
Il vaut mieux renoncer, n’est-ce pas, à se casser la tête.
Ce jeu est trop ardu pour le mener à bien,
Et quant à moi, je crois que je suis un peu bête.
Ah l’amour ! Pas d’espoir, puisqu’il ne rime à rien !
Et cependant, depuis que notre terre est ronde,
Il est là, bien vivant, et on lui fait la cour.
Et cependant, partout dans les airs et sur l’onde,
Il est là, bien présent, et il vaut le détour !
Bonjour,
L’Amour!
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