INSOMNIE

Le bateau de la nuit erre sous le ciel vide,
Au sein d’une mer d’encre où la vague se ride,
Car sa boussole inquiète a perdu la raison.
Le temps se fait menace ; il n’est plus d’horizon.
Le bateau de la nuit cherche en vain une route
Pour fuir à tout jamais les écueils qu’il redoute.
Il ne retrouve plus sa maîtrise d’hier,
Alors qu’il naviguait au soleil, calme et fier.
Le bateau de la nuit frôle des monstres noirs,
Des formes entrevues, couleur de désespoirs,
Cependant qu’il écoute, accourant du lointain,
Les grondements de loup d’un orage incertain…
Et le long de son flanc glisse dans un soupir,
Fantôme évanescent, l’ombre d’un souvenir.

Au fond du ciel, pourtant, naît une lueur pâle.
La mer s’anime un peu, prend des blancheurs d’opale
Et peut offrir enfin, comme on donne un beau fruit,
Le sourire de l’aube au bateau de la nuit.

* * *

Laisser un commentaire