Quinze ans après
Et je vous ai croisée, en descendant
Le chemin, sous un ciel blanc de nuages…
Couché sur votre bras comme un enfant
Qui dort, un grand bouquet de fleurs sauvages.
Et je vous ai croisée, en descendant
Le chemin, sous un ciel blanc de nuages…
Couché sur votre bras comme un enfant
Qui dort, un grand bouquet de fleurs sauvages.
L’ai-je parcouru, ce chemin !
Caillou après caillou.
Là une bosse, et là un trou.
Les fondrières et le ravin…
J’ai tout connu de ce sentier,
J’y ai déchiré mon visage
Prends ma main, sois léger,
Je t’emmène rêver…
Oublions le métro, les impôts, les Mac’Do.
Je t’offre la vraie vie,
Simple et sans folle envie.
J’aime qu’on dise « non », quand on le pense !
Mais qu’on l’habille un peu (ce mot trop nu
Qui heurte en sa rudesse et qui offense).
Un voile très discret, tendre et ténu :
L’oeil gai, les mains qui chantent, un sourire à la lèvre,
Il se moque de nous, il nous trompe à plaisir,
Mélangeant sous nos yeux ses balles chamarrées
Si vite qu’on croirait des lunes amarrées
Dans les airs. C’est en vain qu’on tâche de saisir
Ce parcours insensé dans un ordre sans fièvre.
Sur un dernier accord,
Séchant de grosses larmes,
Il nous fait ses adieux.
Il a viré de bord,
Il a rendu les armes
Et part vers d’autres cieux.
Il pleuvait ce soir-là, aux mornes horizons.
Un couchant solitaire agonisait sans gloire
Et tristement pleuraient les larmes des gazons.
Navrance dans mon cœur, où ce jour illusoire
J’ai cru me faire aimer,
J’ai cru pouvoir aider.
J’ai donné ma sueur,
Et mon temps et mon cœur.
Moi, l’enfant que tu voulais,
Tu ne m’as pas reconnu
Quand de toi je suis venu,
Moi, l’enfant que tu voulais.
On s’aime peu ou prou.
L’un n’est pas assez fou
L’autre a le cœur trop mou.
On s’aime en désespoir.