C’était pendant l’horreur d’une très longue étude.
Le devoir était dur, la chaleur était rude.
Mon livre de français devant moi s’est montré
Comme au jour de sa vente artistement paré.
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté.
Même il avait encor cette robe pourprée
Dont Gibert eut grand soin d’orner la couverture
Pour protéger son teint du péril de l’usure.
« Tremble, m’a-t-il dit, fille indigne de moi.
Le plus bête des ânes l’emporte aussi sur toi.
Je te plains de tomber en ma main redoutable,
Ma fille ». En achevant ce discours incroyable,
Soudain, dans mon bureau il courut se jeter.
Et moi, je l’y cherchais, afin de le ranger.
Mais je n’ai plus trouvé qu’un horrible fouillis
D’encre bleue tout en larmes et de livres ternis
Des cahiers pleins de taches, des feuillets arrachés,
Qu’il avait, par vengeance, un à un détachés.
Grands Dieux ! Dans ce désordre à mes yeux se présente
Un stylo noir couvert d’une robe luisante,
Tel qu’on voit des vitrines les rayons revêtus.
Sa vue a ranimé mes esprits abattus.
Mais, lorsque, revenant de mon trouble grotesque,
J’admirais sa beauté, son air grave et livresque,
J’ai senti tout à coup un sombre et froid venin
Que le perfide objet a versé en ma main…
* * * 1948
