MONSIEUR MON PERE

Monsieur mon Père a rasé sa moustache.
Oh dis, papa, pourquoi tu as fait çà ?
Ta belle brosse ! On la regrettera.
Explique-nous, car vraiment çà nous fâche.
Moi, j’aimais bien ces petits cheveux blonds
Qui vivaient là, sous les trous de ton nez.
Tous les dimanches, après qu’on soit levés,
Tu les coupais avec des ciseaux ronds.
Et on venait – mais il fallait se taire –
Mon frère et moi, pour voir l’opération.
Quand tu ratais, ta forte érudition
Enrichissait notre vocabulaire.
Si tu riais, ta moustache dansait…
Elle était sage, aux heures de bureau,
Mais bien sévère à l’ombre d’un chapeau.
On aurait dit que tu tirais un trait.
Et c’était bien, au moment du coucher
Quand tu venais pour nous dire bonsoir,
Que ta moustache avançait dans le noir
Et nous piquait pour mieux nous embrasser.
Mais aujourd’hui, sans ce bel ornement,
Ton oeil est terne et tu sembles tout nu…
Ce n’est plus toi ! papa, cet inconnu…
Je te regarde et ne suis pas content.
Tu le savais, qu’on serait tant déçus ?
Sois très gentil, laisse-la revenir
Comme autrefois. Cà nous fera plaisir.
Taille-la, oui, mais ne la rase plus.

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