Elle avait les mains sales et un gilet miteux.
Elle allait claudiquant, car pour loger ses pieds,
S’il lui fallait trouver les deux frères souliers !…
Elle avait, haut et fort, le verbe rocailleux.
Ses cheveux insoumis s’ébattaient dans le vent
Sans connaître le peigne ou autre toilettage.
Je serais bien en peine, à vous donner son âge !
Celui de son cabas, je pense, apparemment…
Son instruction aussi laissait à désirer.
De même, sa façon d’aborder le chaland.
On l’eût dite élevée à l’antre d’un brigand !
Moi, je m’émerveillais, n’osant plus respirer.
Non pour les quelques fleurs qu’elle offrait à la ronde,
Mais pour les rayons d’or qui chantaient dans ses yeux,
Et son sourire aimant, tout chaud et lumineux.
Car elle avait un cœur aussi grand que le monde,
Et l’enfant que j’étais en subissait le charme.
Elle essuyait son nez d’un beau revers de manche,
Attentive à chacun, son gros poing sur la hanche.
Dans un verre fanaient ses violettes de Parme.
Les pauvres gens l’aimaient, lui contaient leur chagrin,
Reprenaient le récit interrompu hier.
Elle écoutait pleurer la mort d’un enfant cher,
Les craintes, les soucis, l’angoisse du matin.
Et plongeant son regard au fond du cœur en peine,
Avec son beau sourire, où l’autre s’abreuvait,
Elle disait un mot, très simple, qui donnait
Tout l’amour essentiel dont son âme était pleine…
On l’eût bien étonnée en la félicitant
D’avoir rendu courage à tous ces malheureux,
Avec sa grosse voix et son parler rugueux !
Moi, je sais maintenant pourquoi je l’aimais tant !
* * *
