(à ma dame)
Ce matin, je t’ai quittée,
En pensée.
J’ai détourné mon destin,
J’ai dit oui à mon instinct
Et j’ai pris la route
De l’Aventure
Toute
Pure,
Sans parapluie ni boussole.
Sans le bâton qui console
Le pèlerin fatigué.
O gué,
J’ai pris la route !
Et de doute,
Point.
Bien moulé dans mon pourpoint
Brodé d’or, la jambe fine,
Je marchais d’un pas égal
Vers la Chine,
Le Sénégal…
Pourquoi non ?
Mon âme en voyage.
Mon cœur-paysage
Aux mille soleils,
Aux couchants vermeils.
C’était bon.
Puis, j’ai laissé la terre.
Mon rêve m’a mené où je ne pensais pas.
Oublié, l’Aujourd’hui éphémère,
Les songes étriqués et ce pauvre Ici-bas !
J’ai vu des lunes bleues au sein de nuits dorées,
Et dansaient les lutins amoureux de leurs fées.
Sur le volcan des Dieux
Une lave de miel irradiait sa blondeur ;
Un chant l’accompagnait, s’exhalant vers les cieux
En infinie douceur…
J’ai traversé les Temps
Dans mon pourpoint brodé,
Escaladé l’Histoire,
Erré pendant longtemps
Sur ce mont érodé
Aux chauds reflets de moire.
J’ai vu tant de merveilles
Sans pareilles,
De joyeuses folies,
Et d’amours si jolies !
J’ai connu bien des mondes
Magiques,
Et vogué sur des ondes
Antiques.
Et j’ai rencontré des Nippons;
Des Lapons,
Des pompons
De marins
-sans marins-
Qui faisaient
Ronds et beaux,
La retraite aux flambeaux !
Mais voilà qu’au détour
D’une fête,
Tout s’est évanoui
Dans un vide inouï ;
Est-ce bête !…
Tristement, sans amour,
J’ai retrouvé la vie,
Prosaïque
Mosaïque,
Mais n’en ai plus envie…
Et je repartirai là-bas,
Obstinément,
J’en fais serment.
Ici, non, je ne reste pas.
Ma soif est si intense !
Et le monde est si dense
Où j’ai laissé mon âme,
Que je saurai le retenir
(pardonnez-moi, ma dame)
Pour ne plus jamais revenir.
* * *
